Accueil›Guides pratiques›Miel : conditionner et vendre son miel au Maroc



Miel : conditionner et vendre son miel au Maroc
Conditionner et vendre son miel au Maroc : humidité et HMF selon l'arrêté 1564-18, décantation, filtration, cristallisation, mise en pots, étiquette, autorisation ONSSA et stockage.
Ce que la loi marocaine dit du miel
Au Maroc, le miel a son propre texte, le décret n° 2-17-463 de 2017[1]. L'essentiel pour vendre en pots :
- Rien n'est ajouté. Ajouter au miel un autre aliment ou un additif (sucre, sirop…) et le vendre sous le nom « miel » est un traitement illicite (art. 12)[1].
- Le miel vendu sans rayon doit être filtré après l'extraction, sans retirer le pollen, sauf si c'est inévitable en enlevant les impuretés (art. 6)[1].
- Pas de chauffe excessive : le miel ne doit pas avoir été chauffé au point de détruire ou d'inactiver fortement ses enzymes, et aucun traitement chimique ne doit modifier sa cristallisation (art. 5)[1].
- L'atelier de conditionnement doit être autorisé par l'ONSSA et assurer la traçabilité de ses lots (art. 13)[1].
Un miel peut aussi être cristallisé en partie ou en totalité (art. 3)[1] : un miel qui « prend » n'est pas falsifié.
Selon le ministère de l'Agriculture, le Maroc a produit 7 960 tonnes de miel en 2019 (36 300 apiculteurs) et en a importé 2 200 tonnes[12].
Les critères de qualité : humidité, HMF, sucres
Les chiffres sont fixés par l'arrêté n° 1564-18 de 2018[2], avec les mêmes limites que la norme du Codex pour le miel[3] :
| Critère | Limite (miel en général) | Ce que ça vous dit |
|---|---|---|
| Teneur en eau | 20 % maximum | Au-delà, risque de fermentation. Bruyère : 23 %. |
| HMF (hydroxyméthylfurfural) | 40 mg/kg maximum | Monte avec la chaleur et le vieillissement. |
| Indice diastasique | 8 minimum (échelle de Schade) | Enzyme naturelle détruite par la chauffe. |
| Fructose + glucose | 60 g/100 g minimum (miel de fleurs) | 45 g pour le miel de miellat. |
| Saccharose | 5 g/100 g maximum | 10 g pour les agrumes, 15 g pour la lavande. |
| Matières insolubles | 0,1 g/100 g maximum | Signe d'une bonne filtration. |
Le HMF et la diastase se mesurent après traitement : ils trahissent un miel trop chauffé ou mal stocké[2]. Ces analyses se font en laboratoire. L'humidité se mesure au réfractomètre, méthode de référence du Codex[3].
Récolter mûr : l'humidité se joue à la ruche
Pour la FAO, la teneur en eau est le critère de qualité le plus important, car elle décide de la conservation[4]. Elle se règle surtout avant l'extraction :
- Récoltez des cadres mûrs : plus de 75 % des cellules operculées[4].
- Jamais de cadres avec du nectar frais : il dilue et peut gâcher toute la récolte[4].
- Quand l'air ne dépasse pas beaucoup 60 % d'humidité, on peut attendre un miel à moins de 18 % d'eau. En climat humide, même des cellules operculées peuvent dépasser 24 %[4].
Pourquoi ? Des levures qui supportent le sucre sont partout. Sous 18 % d'eau, le risque de fermentation est faible, mais jamais tout à fait nul[4]. Un miel trop humide se vend vite, sans l'expédier loin : les récipients peuvent éclater[4].
Extraire, décanter, filtrer
Le matériel. Le miel est acide : évitez le cuivre, le fer, l'acier ordinaire et le zinc, qui changent sa couleur et son goût. La FAO recommande l'inox, le verre et le plastique alimentaire[4]. Pendant l'extraction, ne dépassez pas 30 °C[4].
La décantation (maturation). Dans une cuve couverte, l'air, la mousse et la cire remontent, les particules lourdes tombent. On retire l'écume ou on soutire par le bas[4]. Entre 25 et 30 °C, cela prend quelques jours ; pour un petit apiculteur, c'est la méthode la moins coûteuse[4].
La filtration. Un tamis couvert d'un nylon fin, ou un sac filtrant en nylon, suffit. La maille la plus fine couramment utilisée a des trous de 0,1 à 0,2 mm, avec un miel proche de 30 °C[4]. Une filtration plus fine, qui enlève le pollen, demande de chauffer vers 77 °C : c'est une pratique industrielle[4], et au Maroc le pollen ne doit pas être retiré sauf si c'est inévitable[1].
Cristallisation : normale, à gérer sans surchauffer
Presque tous les miels finissent par cristalliser, et ce n'est pas un défaut[1]. La vitesse dépend de :
- la composition : plus un miel est riche en glucose par rapport au fructose, plus il cristallise vite[7] ;
- la température : la cristallisation est la plus rapide entre 10 et 15 °C ; au-dessus de 18 °C elle ralentit[7].
Faut-il chauffer ? Si vos clients veulent un miel liquide, faites-le avec prudence :
- au bain-marie seulement : l'eau ne dépasse pas de plus de 5 à 10 °C la température visée pour le miel, et ne bout jamais[5] ;
- le plus bas et le moins longtemps possible : par exemple, 20 kg de miel finement cristallisé fondent en 24 heures à 40 °C selon la FAO[5] ;
- une seule fois : un miel chauffé qui recristallise ne doit pas être refondu[6].
La chauffe fait monter le HMF et baisser la diastase[5], deux critères contrôlés par l'arrêté[2]. Le plus simple : mettre en pots quand le miel est encore liquide, juste après la décantation, et expliquer aux clients que la cristallisation est naturelle.
Mettre en pots : doser, fermer, étiqueter
Le pot. La FAO place le verre en premier, puis le plastique. Le couvercle à vis sur bocal en verre est le plus sûr ; sur pot plastique, il fuit souvent au transport[5]. Jamais de bouteille ayant contenu un produit non alimentaire[5].
Le dosage. Dans le catalogue IKNO :
- Doseuse à engrenage pour produits visqueux (414) : pour le miel et la gelée royale, de 100 g à 5 kg, environ 13 secondes pour 1 kg (indicatif), aspiration directe dans le réservoir, 220 V. Selon sa fiche, un miel cristallisé ou trop froid doit être liquéfié avant dosage : remplissez juste après la décantation.
- Doseuse manuelle à levier (402) : de 5 à 50 ml, sans électricité, pour échantillons et petits pots.
- Doseuse et boucheuse de pots (1326) : dose de 100 à 1 000 ml et ferme le pot ; détails à confirmer, vérifiez qu'elle accepte vos pots et couvercles.
L'étiquette et le lot. L'étiqueteuse manuelle (1060) accepte des pots ronds de 15 à 150 mm de diamètre, l'étiqueteuse semi-automatique (389) de 70 à 240 mm. Le dateur portatif (419) imprime la date et le lot. Voir aussi la catégorie conditionnement.
Sur l'étiquette : les mentions du décret 2-12-389 (dénomination, quantité nette, date, lot, nom et adresse, n° ONSSA, en arabe obligatoirement)[11], plus l'origine[1] :
- « miel du Maroc » s'il est entièrement produit au Maroc ;
- « miel d'importation » s'il est importé puis reconditionné ;
- « mélange de miel du Maroc et de miels d'importation » seulement si le miel marocain dépasse 50 %.
L'origine florale (thym, oranger…) n'est permise que si le miel vient entièrement ou essentiellement de cette plante[1]. Aucune durée officielle n'existe pour la date : vous devez pouvoir justifier la vôtre devant l'ONSSA[11].
L'autorisation ONSSA de l'atelier de conditionnement
Toute unité qui conditionne des aliments doit être autorisée ou agréée avant de commencer (loi 28-07, art. 5)[8]. Le décret miel le redit[1], et l'arrêté 2768-12 range l'« atelier de conditionnement de miel » dans le régime de l'autorisation[10].
- Dépôt du dossier au service provincial de l'ONSSA (pour le miel, le service vétérinaire), contre récépissé[9].
- Contenu : CIN, statuts et registre de commerce pour une société, autorisation de construire du local, plans, fiche technique (équipements, emballages, capacités), manuel de bonnes pratiques d'hygiène[9].
- Délais : 1 mois pour signaler un dossier incomplet, puis visite au plus tard 45 jours après que le dossier a été jugé conforme[9].
- Le numéro d'autorisation figure ensuite sur les emballages[9].
Seul l'établissement qui vend toute sa production directement au consommateur final est exempté[8]. Travailler sans autorisation expose à 2 à 6 mois de prison et/ou 50 000 à 100 000 DH d'amende (art. 25)[8].
Stocker le miel sans l'abîmer
Le miel ne pourrit pas, mais il vieillit : goût et arôme changent, l'acidité et le HMF montent, plus vite s'il est humide et s'il fait chaud[5].
- Local : proche de 20 °C, moins de 65 % d'humidité. Au-dessus de 25 °C, la qualité baisse avec le temps[5].
- Récipients : verre, inox ou revêtement alimentaire, couvercles hermétiques, aucune odeur : le miel absorbe les odeurs très vite[5].
- Jamais au soleil, ni au marché, ni dans une voiture garée[5].
- Un pot témoin par lot, gardé dans les conditions normales, pour suivre la conservation[5] et justifier votre date.
| Température de stockage | Temps pour perdre la moitié de la diastase |
|---|---|
| 20 °C | environ 4 ans |
| 25 °C | environ 18 mois |
| 30 °C | environ 6,6 mois |
| 35 °C | environ 2,6 mois |
| 40 °C | environ 31 jours |
Source : FAO[5]. Un dépôt qui chauffe l'été peut faire passer un miel sous la limite avant sa vente.
Ce guide est une information générale. Les règles et programmes évoluent : vérifiez toujours auprès de l’administration concernée (sources ci-dessous).


